Star de la Coupe du Monde de la FIFA 1994: Romario

"Romário, c'est le bon Dieu qui nous l'a envoyé." Cette petite phrase de l'entraîneur Carlos Alberto Parreira exprime toute l'estime dont jouit l'attaquant dans son pays d'origine, le Brésil.

Celui qui veut expliquer le triomphe de l'équipe sud-américaine lors de la Coupe du Monde de la FIFA en 1994 aux États-Unis, est automatiquement confronté au nom de Romário. Cette année-là, une sorte de "Romariomania" éclata au Brésil.

Car la victoire du Brésil sur l'Italie lors de la finale au stade de Pasadena près de Los Angeles, le Rose Bowl, fut l'heure de gloire de Romário, de son nom complet Romário de Souza Faria Filho. C'est un petit bonhomme, surnommé affectueusement "Baixinho" (le petit). Mais ces prestations, c'est du grand foot. Lors de la 15e Coupe du Monde de la FIFA organisée aux États-Unis, l'attaquant marqua à tous les matchs du premier tour. Et en demi-finale face à la Suède, c'est lui qui marqua le but décisif.

Lors de la finale de la Coupe du Monde en 1994, Romário ne marqua pas de but pendant 120 minutes. Mais il garda son sang froid et marqua, le score final fut de 3:2 pour le Brésil. (Kunz/Augenklick)

Ce "petit-fils" du grand Pelé devint le nouvel attaquant prodige. Romário intervint dans les sept matchs de la Coupe du Monde et remercia son entraîneur Parreira par cinq buts, trois passes décisives et un tir au but réussi lors de la finale. Alors que d'autres stars comme les Italiens Roberto Baggio ou Franco Baresi échouèrent, Romário, tout comme Branco et Carlos Dunga, sut garder son sang froid et marqua l'un des trois tirs au but après le 0:0 à 120 minutes (score final : 3:2). Le Brésil gagna ainsi pour la quatrième fois, après les victoires de 1958, 1962 et 1970, le titre de Champion du Monde de la FIFA.

Après une longue pause de 24 ans, la "Selecao" était de nouveau là où les Brésiliens avaient toujours voulu voir leur équipe : au sommet. Le Brésil pleurait de joie. Mais au triomphe se mêlaient également tristesse et humeur songeuse. À la remise des prix, les stars brésiliennes rappelèrent le souvenir d'une autre star du sport international. Romário et ses coéquipiers avaient soudain dans les mains, en plus du drapeau national brésilien, une banderole sur laquelle on pouvait lire : "Senna, aceleramos juntos. O tetras é nosso !" (Senna, nous accélérons ensemble. Le quatrième titre est à nous !". À ce moment de la quatrième victoire d'un Mondial FIFA, les footballeurs rendaient hommage à leur compatriote décédé dans un accident en compétition, Ayrton Senna, l'un des plus grands pilotes de l'histoire de la Formule 1.

Le monde entier parla encore longtemps avec enthousiasme de Romário, l'exécuteur implacable de l'équipe magicienne brésilienne. Ses une-deux avec Bebeto étaient géniales. La conduite de balle de Romário laissait rarement une chance à ses adversaires. Pour les défenseurs de l'équipe adverse et les gardiens de but, ses dribbles et tirs constituaient un énorme problème. Regroupant toute les qualités d'un renard des surfaces, Romário était un footballeur d'exception. Pourtant, Parreira s'était seulement décidé à prendre l'attaquant dans l'équipe juste avant la Coupe du Monde. Romário fut sacré Meilleur Footballeur de l'année FIFA en 1994. Ce fut un autre point fort de sa carrière de conte de fée. Romário de Souza Faria Filho vient des "favelas" de Rio de Janeiro. Il y est né le 29 janvier 1966. À la naissance, il ne pesait que 1,8 kg et souffrait de difficultés respiratoires.

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Romário avec le trophée de la FIFA après la quatrième victoire du Brésil en Coupe du Monde. En finale face à l'Italie, les Sud-Américains s'imposèrent aux tirs au but. (Photo: GES/Augenklick)

Ce n'est pas le meilleur des mondes, la Favela Jacarezinho où la pauvreté règne. Mais grâce à l'art d'en faire plus avec un ballon que tout autre, Romário réussit à sortir de ce quartier misérable et démontra à son tour que le football permet, dans de nombreux pays, de gravir l'échelle sociale.

"J'ai toujours voulu dans ma jeunesse être tout devant dans l'attaque et tirer des buts", raconte-t-il à propos de ses débuts. Lorsqu'il était jeune, c'est son père, Edvair Faria de Souza, qui l'entraîna en club et qui encouragea le développement du talent de son fils, celui-ci marquant à la chaîne des buts pour l'Olario Atlético Club de Rio de Janeiro. Un ami de son père fut à l'origine de son transfert en première division chez Vasco da Gama où il put poursuivre sa formation dans l'équipe junior. Le 6 février 1985, il débuta enfin à 19 ans dans l'équipe de division de son club. Deux ans plus tard, le 23 mai 1987, il joua pour la première fois avec l'équipe nationale contre l'Irlande.

En 1988, le petit homme remuant était sacré meilleur buteur du tournoi olympique de football en Corée du Sud avec sept buts à son actif et il gagnait avec le Brésil la médaille d'argent. À partir de là, Romário dribbla à travers l'Europe et l'Amérique du Sud, il joua pour PSV Eindhoven et FC Barcelone, Flamengo Rio, Vasco da Gama et Fluiminense Rio. Il participa au Mondial de la FIFA 1990 en Italie, mais ne joua pas pendant le premier match en raison d'une suspension, il ne passa que 65 minutes sur le terrain à cause d'une blessure faite juste avant la Coupe du Monde.

Pour ses entraîneurs, Romário n'était pas un joueur facile. Il lui arrivait de sécher l'entraînement ou de rallonger ses vacances sans prévenir. Avant la Coupe du Monde de la FIFA de 1998, il ne réussit pas le test de fitness. Après deux ans d'abstinence, il fut de nouveau sélectionné dans l'équipe nationale en mai 2000 mais l'entraîneur Felipe Luiz Scolari ne le retint pas, malgré d'énormes protestations de ses fans, pour la Coupe du Monde de 2002 au Japon et en Corée du Sud.

Le joueur d'exception fit de plus en plus souvent les gros titres des journaux. Son nom fut associé à l'usage de stupéfiants, à la corruption et à la fraude fiscale. Il fit une crise de nerfs lors d'un entraînement. En août 2004, Romário, alors âgé de 38 ans, fut attaqué en justice par ses deux ex-femmes et leurs cinq enfants car il ne leur versait plus de pension alimentaire et il fit un bref séjour en prison.

Romário avait l'aura d'une diva lunatique. Ses fans aimaient l'appeler le "Maradona du Brésil". Dans la liste des meilleurs buteurs brésiliens, Romário avec 71 buts en 88 matchs internationaux occupe la deuxième place derrière Pelé (95 buts). D'autres statistiques annoncent 56 buts en 74 matchs internationaux. Cette différence s'explique par le fait que les Brésiliens désignent également par le terme de match international les rencontres tests avec des équipes de club. En outre, les sélections en équipe nationale sont également considérées comme des "matchs internationaux" même lorsque le joueur n'intervient pas.

La carrière de Romário était en fin de course depuis l'été 2004. Mais comme pour beaucoup d'autres grands footballeurs, quitter le devant de la scène n'était pas des plus simples. Le fait que le sélectionneur Carlos Alberto Parreira le fit jouer un dernier match international le 27 avril 2005 montre toute l'estime dont jouit l'attaquant. Quatre ans après avoir porté le maillot jaune canari contre l'Uruguay, Romário joua à Sao Paulo 39 minutes face au Guatemala (2:0). Le joueur de 39 ans marqua à la 17e minute un but de la tête.

Lorsque l'hymne national retentit, il pleura sans se retenir, la partie fut une vraie fête pour lui. 36 000 supporters l'acclamèrent à son départ de la scène du football. Sur une banderole on pouvait lire "Romário, le pape du ballon rond". Après avoir marqué son but, Romário montra le message écrit sur son maillot de corps : "Ma fille est une princesse". Sa fille trisomique, la petite Ivy, était née un mois plus tôt.

La joie ressentie après avoir marqué un but allait lui manquer, dit l'homme qui devint une star mondial lors de la Coupe du Monde de 1994. Ce n'est pas étonnant que ces émotions manquent au Brésilien. Car il a, durant sa carrière, marqué plus de 700 buts en plus de 1 000 matchs. Selon d'autres sources, son nombre de buts marqués s'élèverait même à 900.