Coupe du monde, édition 1958
Heja, Heja Sverige

Jusqu'à la Coupe du monde de la FIFA de 1958 en Suède, il semblait y avoir une tradition bien établie : la « Coupe Jules Rimet » restait toujours sur le continent sur lequel le tournoi était organisé. Ce sont les Brésiliens qui bouleversèrent cette loi des séries et enlevèrent la « Victoire aux ailes d'or » de l'autre côté de l'Atlantique. L'organisateur scandinave et son « douzième joueur », le public frénétique, ne purent pas empêcher le premier triomphe du Brésil lors d'une Coupe du monde de la FIFA. Quatre titres de champion du monde suivront jusqu'à aujourd'hui.

Jusque-là, les Suédois étaient considérés comme calmes et bien élevés. Mais lors de la Coupe du monde de la FIFA, tout changea. Il n'y a pas grand-chose à ajouter, sinon que l'équipe suédoise surfa sur la vague d'enthousiasme, portée par ses supporters qui lui conférèrent des ailes et la poussèrent à des prestations exceptionnelles. Les conditions étaient idéales : le secrétaire de la Fédération suédoise, Holger Bergerus, et l'entraîneur anglais, George Reynor, avaient entrepris un voyage en Italie, le pays du football, avant le début du tournoi afin de libérer les stars nationales comme Skoglund qui évoluait alors à l'Inter de Milan, Hamrin à Padou, Selmosson au Lazio Rome, Liedholm à l'AC de Milan et Gustavsson à l'Atalanta Bergamo.

Ce n'était pas chose évidente, car à l'époque où la Suède était en passe de devenir, en 1950, championne olympique, les Scandinaves devaient renoncer depuis des années à l'exceptionnel trio d'attaquants professionnels composé de Gunnar Gren, Nils Liedholm et Gunnar Nordahl, une combinaison également appelée « Gre-No-Lie ». Avec Gren et Liedholm, seuls deux des trois stars jouant en Italie faisaient partie de l'équipe « Tre Kroners ».

Les supporters des stars étaient organisés de manière sensationnelle. Plusieurs heures avant le début du match, les fans suédois étaient amenés à température par le speaker du stade. Un homme vêtu d'un pantalon foncé, d'un pull blanc, portant un microphone dans la main gauche et brandissant un drapeau suédois donnant le rythme dans la main droite assurait la mise dans l'ambiance de l'équipe.

Le slogan entonné par des milliers de voix était : « Heja, Heja Sverige, heja sverige, friskt humör, det är, det som susan gör, heja, heja, heja. », ce qui signifie : « Heja Suède, arme-toi de courage, c'est là le plus important ! »

Tous les matchs de la Suède sur son propre terrain se jouaient ainsi dans un stade « en feu ». Au cours du tour préliminaire, la Suède élimina, dans le stade Rasunda de Stockholm, le Mexique sur le score de 3:0, le vice-champion du monde hongrois par 2:1 et joua un match nul contre le Pays de Galles. En quart de finale, l'équipe en bleu et jaune gagna 2:0 contre la Russie, en demi-finale, ils détrônèrent le champion du monde allemand avec un score de 3:1.

C'est à l'âge de 21 ans qu'Uwe Seeler participa pour la première fois à la Coupe du monde de la FIFA de 1958 et perdit contre la Suède et ses fans. (Photo: Horstmüller)

Pour le duel contre l'équipe de la République fédérale d'Allemagne, les Suédois avaient fait du stade de Göteborg une véritable forteresse. De nombreux agitateurs, équipés de mégaphones et de drapeaux, encerclaient le stade Ullevi. Les 53 000 spectateurs étaient euphoriques. Le jeu des Suédois enflamma le public alors que les Allemands étaient choqués. Même l'arbitre hongrois, Mr. Zsolt, paraissait troublé, il prit des décisions douteuses et ce, pas seulement de l'avis des Allemands.

Cette atmosphère portait manifestement sur les nerfs des joueurs de l'équipe qui avait remporté la Coupe du monde de la FIFA en 1954. Lorsque Juskowiak dut en plus sortir du terrain pour une faute sur Hamrin, la situation devint critique. Après avoir mené 1:0, l'Allemagne perdit 1:3. Le champion du monde de la FIFA venait de perdre son trône. Les joueurs de Sepp Herberger portaient la douleur inscrite sur leur visage, même lors du match pour la troisième place qu'ils perdirent contre la France sur le score de 3:6.

L'Allemagne, la France et l'équipe des arbitres entrent dans le stade d'Ullevi à Göteborg pour disputer le match de la troisième place de la Coupe du monde de la FIFA de 1958. (Photo: Horstmüller)

Le monde était prêt pour un nouveau champion : le Brésil. Les Américains du Sud balayèrent les organisateurs en finale par 5:2. Peu à peu, le slogan « Heja Sverige » scandé se tut. Un certain Edson Arantes do Nascimento dit Pelé était la nouvelle étoile montante du football et enthousiasmait les fans du monde entier, à l'exception des Suédois, qui étaient certes admiratifs mais trop déçus pour le montrer. Plus tard, le champion olympique Gunnar Gren se souvenait de cette époque en des mots on ne peut plus réalistes : « Pour nous, la médaille d'argent de la Suède valait de l'or. Car contre les Brésiliens, nous n'avions aucune chance. C'est pour ça que le score de 2:5 était acceptable. »

Les Suédois ne devinrent pas seulement vice-champion du monde, ils instaurèrent également, il y a plus de 50 ans, un nouveau comportement de supporters. Jamais avant cette Coupe du monde de la FIFA, une équipe n'avait été supportée par les cris d'encouragement de fans aussi organisés. Les « Heja Heja » étaient audibles des années après dans les stades et ce, pas seulement en football, mais dans tous les sports où des fans supportent leur équipe.