Coupe du monde, édition 1954
Gardien Grosics dans la ligne de mire des services secrets

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Il existe des centaines de photos de la Coupe du monde de 1954 montrant les vainqueurs de Berne. Des perdants, il n'y a que peu de photos. Pendant que les Allemands célébraient la victoire et récoltaient la sympathie générale, les Hongrois restaient seuls avec leur tristesse et leurs larmes. Un homme était particulièrement concerné : Gyula Grosics. Ce joueur originaire de Budapest qui gardait les buts de l'équipe Magyar dira plus tard : « Oui, je rêve aujourd'hui encore du 3:2 de Helmut Rahn. Toujours le même cauchemar. Nous étions une équipe exceptionnelle qui avait réussi à soulever l'enthousiasme de notre pays et du monde tout entier. Mais ce dimanche-là, le quotidien morose nous a rattrapés. »

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Plus que tout autre joueur hongrois, Gyula Grosics fut accablé par le malheur qui suivit la défaite 2:3 lors de la Coupe du monde de la FIFA de 1954 en Allemagne. (Archives KFGD)

Plus d'un demi-siècle après la défaite de Berne, le gardien de but donna une interview au journal allemand « Süddeutsche Zeitung » dans laquelle il ouvrit son cœur et décrivit l'état d'esprit qui régnait après la débâcle : « À la mi-temps, j'avais l'impression de me trouver au bord du gouffre. Et d'un coup, j'y suis tombé. » Une fois rentré en Hongrie, le gardien de but fut confronté à la situation suivante : « Plusieurs centaines de milliers de Hongrois sont descendus dans les rues et ont protesté. La tristesse qui avait suivi la défaite s'était transformée en une manifestation politique contre la dictature communiste. C'est à ce moment que nous avons compris ce que cet événement représentait pour nos concitoyens. Dans les deux pays, ce match a déclenché deux évolutions politiques entièrement opposées. En Allemagne, une évolution positive : nous sommes à nouveau quelqu'un, miracle économique et ainsi de suite. En Hongrie, cette évolution a donné lieu à l'insurrection de 1956. »

Pour comprendre exactement les événements suivants, il est impératif de bien appréhender cette époque. Un gardien de but qui n'avait pas été capable de retenir un ballon était soudain soupçonné d'être un traître. Les perdants de Berne qui avaient été invaincus pendant quatre ans et qui avaient célébré le football, furent conduits, dès leur arrivée sur le territoire national, à Tata dans un camp d'entraînement. C'est là qu'ils furent « reçus » par un proche de Staline, le premier ministre Rákosi.

Grosics se souvint plus tard de cette rencontre : « Il nous a tenu un petit discours, du genre : c'était une défaite, ça peut toujours arriver. Lors de la prochaine Coupe du monde, on fera mieux. Jusque-là, personne ne doit craindre de représailles. Et c'est exactement à ce moment que la plupart des joueurs de l'équipe commencèrent à avoir peur. Car c'était bien là une menace non dissimulée. »

La conséquence la plus grave fut pour le gardien de but : après la Coupe du monde de la FIFA, Gyula fut harcelé, des mois durant, par la police secrète hongroise, assigné à résidence, puis accusé réellement d'espionnage en décembre 1954. Son père perdit son poste de travail. « J'ai était observé pendant 13 mois et je devais me manifester régulièrement auprès des administrations. Bien sûr que j'avais peur. En 1950, un joueur de la sélection nationale avait été exécuté parce qu'il voulait soit disant fuir. » Après ces 13 mois de terreur, le gardien de but fut relaxé pour manque de preuves.

Le gardien de but connut également sur le plan sportif une période difficile. La star du club de renommée mondiale Honved Budapest fut banni pour quelques temps dans la ville de province Tatabanya.

Alors que les autres stars du football hongrois étaient accueillies en tant que réfugiés, comme Sándor Kocsis à Barcelone ou Ferenc Puskás au Real Madrid, le gardien de but Grosics continuait, bien qu'humilié, de soutenir sa patrie et de jouer pour le Honved et pour la Hongrie. En 1989, alors que les bouleversements politiques s'annonçaient dans le bloc communiste, il fit preuve de courage et participa au mouvement démocratique dans son pays. Les cicatrices laissées par la défaite historique de Berne et les sévères répressions qui s'en suivirent sont aujourd'hui encore restées dans le cœur de cet ancien gardien de but.